CE QUE PEUT LA LITTÉRATURE

Posté le 1 mars 2019 par apreslhistoire dans Art et littérature, Morceaux choisis

Aux passeurs de témoin…

« La littérature est le lieu de rencontre de deux âmes. »
Charles du Bos

« Les dieux sont les hôtes fugitifs de la littérature.
Ils la traversent, laissant leurs noms dans leur sillage. »
Roberto Calasso

(La littérature et les dieux, Gallimard, Tel, 2001)

 

Baie de Toulon
La plage des Sablettes, La Seyne-sur-Mer (Var)

Photographie : Francis Gionti

La littérature et la vie

Dans son très bel essai, Le don des morts, Danièle Sallenave écrit ceci : « Depuis des siècles, les livres sont le legs des générations disparues – le don que nous font les morts pour nous aider à vivre. Dans notre culture, vivre sans les livres est donc une privation, un tourment qu’on ne peut comparer à rien. » (Le don des morts, Gallimard, 1991).

Je crains que l’académicienne soit paradoxalement trop optimiste. Mais il est vrai que l’ouvrage fut écrit à la fin du siècle dernier. Depuis lors, et peut-être même lorsqu’elle écrivit son essai, la situation me paraît pire encore. L’absence de fréquentation des livres et de la littérature n’est plus un tourment, c’est « un mode de vie ».

L’Europe, ce « continent de la vie interrogée » (Milan Kundera), a fini par produire des individus étrangers à la littérature. Le continent du roman, mais aussi de la phénoménologie, s’éloigne de la littérature, comme il s’éloigne du christianisme. Nous sommes, à bien des égards, « Après l’histoire » (Philippe Muray). La métamorphose de l’homme a déjà eu lieu, comme l’écrivait le regretté essayiste.

La vie sans la littérature n’est pas « inférieure » à la vie avec la littérature ; elle est simplement différente. Elle peut être noble et bonne (au sens de la vie bonne), mais elle est amoindrie, amputée. Quelque chose lui manque. Danièle Sallenave, dans le même essai, écrit : « L’expérience de la littérature rejoint alors ces moments de contemplation qui illuminent les formes de la vie ordinaire. » (op. cité, p. 43).

La fréquentation, même humble et modeste, de la littérature participe, me semble-t-il, d’un double mouvement. Elle permet cette « expérience sensible », chère à Baudelaire, cette connaissance des choses, épargnée par l’idéologie et les concepts (c’est sans doute pourquoi les romans à thème, ceux de Simone de Beauvoir ou de Jean-Paul Sartre, par exemple, ont si vite vieilli…). Un Cœur simple, de Flaubert, vaut toutes les analyses sociologiques sur les « gens de peu », sur la province, en l’occurrence normande, sur ces âmes simples, mais profondément mystiques, qui acceptent les coups du sort, les deuils et les abandons, sans gémir… Les Paysans, de Balzac (comme Béatrix), nous décrit, notamment, les effets du processus démocratique sur les moeurs, le triomphe de l’individualisme, l’embourgeoisement étroit, si férocement et justement dénoncé par Léon Bloy. Avec Dostoïevski, on sait mieux qu’avec quel qu’essai que ce soit ce qu’il advient lorsque Dieu est considéré comme mort.

Avec La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, on sait ce qu’est le tourment de la fidélité, la noblesse de l’abandon et du retrait. Avec Albert Camus et Le Premier homme, ce livre posthume, on comprend ce qu’est l’héritage, le sens de la dette, la gratitude, alors que nos temps modernes sont trop souvent lestés par le ressentiment…

Avec Bouvard et Pécuchet, de Flaubert, on sait que le « progrès », « ce fanal perfide » (Baudelaire), peut aller de pair avec la bêtise…

Dans Lieutenant Sturm (éditions Viviane Hamy, 2011, pour l’édition référencée), Ernst Jünger (1895 – 1998) écrit à propos d’un des protagonistes de ce très beau récit sur des militaires mobilisés pendant la Première Guerre mondiale : « Lire était pour lui davantage qu’un processus d’identification ou la joie de découvrir une pensée étrangère : c’était une forme de vie qui, se déployant sans heurt dans l’espace de l’esprit, le menait à toutes les souffrances et délices imaginables » (op. cité, p. 82). L’expérience encore et toujours, plutôt que la seule évasion…

« Il n’y a pas d’accès au réel direct, pur, nu, dépouillé de toute mise en forme préalable. Il n’y a pas d’expérience sans référence : les mots sont logés dans les choses, une instance tierce se glisse entre nous et les autres, nous et le monde, nous et nous-mêmes. Et puisqu’on n’échappe pas à la médiation, puisque la littérature est décidément toute-puissante, la question est de savoir à quelle bibliothèque on confie son destin. » (Alain Finkielkraut, Ce que peut la littérature, Gallimard, Folio, 2008, pour l’édition référencée, p. 13). « […] nous ne nous comprenons que par le grand détour des signes d’humanité déposés dans les œuvres de culture. Que saurions-nous de l’amour et de la haine, des sentiments éthiques et, en général, de tout ce que nous appelons le soi, si cela n’avait pas été porté au langage articulé par la littérature ? », écrit Paul Ricoeur (cité in Ce que peut la littérature, op.cité, p. 13).

La littérature en général et le roman en particulier sont marqués du sceau de la nuance, éloignés du binaire et, bien évidemment, totalement étrangers à l’idéologie et à l’esprit de système. Lorsqu’ils tombent dans ce travers, ce sont alors des romans à thème (cf. supra) qui n’atteignent ni cette forme d’universalité, qui est l’une des marques du roman, ni cette pérennité au-delà des âges. Ces romans, à l’instar de l’auto-fiction (dont l’expansion interroge autant qu’elle inquiète), sont rapidement « périmés ». Ils peuvent marquer une génération, tels Les Mandarins de Simone de Beauvoir ou Les Chemins de la liberté de Jean-Paul Sartre, mais ils apparaissent vite datés et lestés.

Le roman peut s’inscrire dans un siècle, une période, mais il lui survit. Il s’inscrit dans un continuum, il participe du procès de civilisation.

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Le ciel de Paris
Photographie : Stéphane David

La littérature et la démocratie

Mais la littérature suppose que plusieurs « conditions » soient réunies pour qu’elle puisse encore faire partie intégrante de la vie quotidienne, pour qu’elle participe, sinon d’un mode d’être, du moins d’une façon « d’habiter le monde », pour paraphraser Heidegger. Parmi ces conditions, il y a peut-être, dans un premier temps, chez l’enfant et l’adolescent, le sentiment de l’ennui, comme le rappelle Mona Ozouf dans son très beau livre Composition française (Gallimard, 2009). Or ce sentiment, cette réalité vécue sont « concurrencés » par l’affairement, la connexion permanente, les activités diverses et variées. L’autre condition c’est, outre l’esprit de nuance, l’acceptation du donné ainsi que celle des hiérarchies. Au royaume du roman, il n’y a pas d’égalité, il n’y a pas de « semblables », mais des destinées individuelles, fussent-elles inscrites dans un mouvement collectif (voir Balzac par exemple).

Au royaume du roman, il y a aussi de la verticalité. « Si la démocratie opère horizontalement, le roman, lui, opère toujours verticalement : même quand il ne s’étend pas sur une période de temps très longue, il y a dans le roman des échos temporels qui sont indispensables pour en saisir la saveur. Dans Madame Bovary par exemple, quand on lit, à la fin du roman, la description merveilleuse du cortège d’Emma, on a tout perdu si l’on n’a pas en tête la description du cortège des noces d’Emma ! Il y a une verticalité du roman qui est absolument indispensable, c’est un ingrédient de la littérature romanesque. Or il vrai que la verticalité, la transmission, la filiation sont des éléments contre lesquels la démocratie tend à œuvrer. » (Mona Ozouf, in Ce que peut la littérature, op. cité, p. 24).

La question de l’influence du régime politique sur la nature profonde des hommes mais aussi sur la littérature et le rapport des hommes à la littérature elle-même tend à se poser à mesure que la démocratie « se démocratise totalement », lorsqu’elle bascule dans la « totalité démocratique ». Le règne de l’égalité (qui n’exclut évidemment pas le maintien, voire l’explosion, d’inégalités), le triomphe du semblable, l’affaissement des hiérarchies, au moins symboliques (car d’autres hiérarchies se recréent, souvent sans « s’afficher » comme telles…), heurtent frontalement l’univers du roman.

« Terre, sang, lignage, entours ont désormais cessé de définir et d’emmailloter l’individu humain, créature frissonnante et nue qui surgit dans un monde démeublé » écrit aussi Mona Ozouf dans Les aveux du roman (Gallimard, Tel, 2001, p. 7), très belle analyse de l’impact de la Révolution française sur la littérature, qui souligne le besoin qu’a eu la littérature du XIXe siècle en particulier de « réagir » à l’évènement qui n’était pas que politique mais emportait aussi avec lui une forme d’anthropologie, un rapport de l’homme aux autres, à la religion, à l’héritage.

Dans cet essai pénétrant, la grande et subtile lectrice qu’est Mona Ozouf (philosophe de formation, mais rapidement attirée par l’Histoire, en compagnie du regretté François Furet – 1927-1997, avec une prédilection pour le moment révolutionnaire et qui a toujours « placé » la littérature au-dessus de tout), nous propose une réflexion sur l’impact de la Révolution sur la littérature, nous rappelant ainsi que « […] la littérature est inséparable de la société qui la produit. » (op. cité, p. 14).

« Pas d’aristocratie sans distinctions. Mais pas davantage de littérature. Si dans une société démocratique beaucoup de distinctions s’amenuisent et s’effacent, elles subsistent pourtant dans la sphère des lettres et des arts : la littérature ne peut respirer dans la haine des talents. Le don, l’imagination, la singularité de la voix, le style distinguent l’écrivain et l’élèvent au-dessus de la masse. […] Spectateurs et lecteurs doivent eux-mêmes consentir au surplomb du génie : ils n’exercent de goût qu’en hiérarchisant les œuvres et les artistes ; et ce jugement, lent à s’éduquer, exige le loisir, la disponibilité, la conversation, le commerce complice avec les textes, l’échange avec les auteurs : tout ce qui allait de soi dans l’ancienne société lettrée. » (op. cité, p. 12).

La littérature en général et le roman en particulier sont à la fois les antidotes à l’esprit étroit de l’égalité et à l’approche binaire. Comme le souligne Milan Kundera dans son Discours à Jérusalem, intitulé Le roman et l’Europe : « Le roman est le paradis imaginaire des individus. C’est le territoire où personne n’est possesseur de la vérité, ni Anna, ni Karénine, mais où tous ont le droit d’être compris, et Anna et Karénine. » (L’Art du roman, Gallimard, Folio, 2004, pour l’édition référencée). Et de poursuivre : « Le roman est né non pas de l’esprit théorique mais de l’esprit d’humour [Milan Kundera est un grand admirateur de Rabelais] […]. L’art inspiré par le rire de Dieu est, par son essence, non pas tributaire mais contradicteur des certitudes idéologiques. À l’instar de Pénélope, il défait pendant la nuit la tapisserie que des théologiens, des philosophes, des savants ont ourdie la veille. » (op. cité, pp. 192-93).

Est-ce à dire que la démocratie, fille, en France tout au moins, de la Révolution et donc du régicide est incompatible avec la littérature ? Sans doute pas, puisque de grands écrivains français, notamment, ont enrichi notre littérature, y compris au XXe siècle (Georges Bernanos, Paul Gadenne, Guy Dupré et quelques autres. De même, notamment, en Europe centrale mais aussi aux États-Unis, ce pays essentiellement démocratique…), mais la Révolution, puis la démocratie libérale et enfin la démocratie post-moderne dans laquelle nous tentons de vivre ont durablement imprimé les esprits comme la langue.

Comme le rappelle Mona Ozouf, « De l’épisode révolutionnaire, les hommes sont sortis avec la conviction que la littérature à venir ne saurait être celle de la Révolution. » (op. cité, p. 10). Mais aussi : « […] Comment ne pas penser que les termes excessifs et grossiers qu’affectionnait la Révolution dans sa phase terroriste ont servi de préambule à la persécution, en conduisant insensiblement les hommes à la barbarie des actes ? Et comment, à l’inverse, ne pas miser sur un beau langage maîtrisé pour garantir les hommes des excès ? » La littérature d’après la Révolution, celle, si riche, de tout le XIXe siècle, ne fut pas, pour l’essentiel, une littérature de la contre-révolution, au sens strict du terme, (même si elle a pu la critiquer parfois violemment), mais plutôt, selon nous, une littérature de la transaction entre les deux mondes, entre les deux France, donc.

Même Chateaubriand n’écrit pas totalement contre la Révolution, quand bien même il l’a combattue ; il prend finalement acte, bien que mélancoliquement, du basculement, du passage à un autre temps. Ses mémoires confirment qu’il n’a jamais vraiment cru à la restauration de l’ordre ancien. Il fut d’ailleurs assez proche du Premier consul (mais s’écarta de lui lorsqu’il devint empereur). De même, il plaida longtemps pour une monarchie constitutionnelle libérale.

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Le ciel de Paris
Photographie : Stéphane David

La littérature française du XIXe siècle prend acte de ce qu’il s’est passé mais n’accompagne pas pour autant le processus démocratique, au moins pour l’essentiel (Hugo, pour une part de son œuvre, et a fortiori Zola, pour ne citer qu’eux, se distinguant de l’immense majorité de leurs contemporains). Le « cas » de Barbey d’Aurevilly est cependant différent. De transaction, il n’y a pas, ce que Zola ne comprendra jamais, comme le rappelle Mona Ozouf (op. cité, p. 185) dans le chapitre qu’elle consacre à ce conte féroce qu’est Un prêtre marié (Gallimard, Folio, 2012, pour l’édition référencée). Il y a quelque chose qui rappelle évidemment Joseph de Maistre (1753 – 1821) dans le regard sans concession que porte Barbey sur l’épisode révolutionnaire et dans la certitude qu’il nous faut expier le régicide.

« De cette guerre de cent ans entre l’Ancien Régime [l’expression est celle des révolutionnaires eux-mêmes] et la Révolution, la littérature est l’incomparable observatoire » écrit encore Mona Ozouf (op. cité, p. 10).

« Le romancier est celui qui, selon Flaubert, veut disparaître derrière son œuvre » écrit Milan Kundera dans son discours (op. cité, p. 189). Or nombre d’écrivains de nos temps hébétés effacent leurs « oeuvres » au profit de leur personne. Citons quelques noms, même si cela nous coûte : Christine Angot, Annie Ernaux (sous réserve, peut-être, d’un livre comme Les Années, Gallimard, Folio, 2009), Delphine de Vigan ou bien encore « l’écrivant » Édouard Louis (Juan Asensio) (dont on connaît tout de la sexualité ou des relations avec son père, ce qui ne présente aucun intérêt littéraire), le consternant Yann Moix… Tous sont autant d’exemples de l’effondrement de la littérature. Et la liste des coupables de cette mort lente, en France en particulier, est interminable. Seul leur ego (surdimensionné) est important.

L’écriture est un moyen de le valoriser. Et les braves lecteurs – incités par des pseudo-libraires – se jettent sur cette « littérature » de seconde zone qui finit par faire disparaître (sauf exceptions) la Littérature. Pire encore, la lecture de ces livres éloigne de la vraie littérature. Elle pourrait être une suspension, une parenthèse dans le dédale des grands romans, récits ou poésies, mais elle parasite, en fait, le « livre vrai ». Cette « littérature » est en conformité absolue avec l’air du temps : horizontale, nombriliste, sociétale et limitée à un petit monde, sans perspectives, sans altérité (contrairement à ce que l’on pourrait croire…).

Une littérature du kitsch s’est ainsi développée, au sens où Milan Kundera l’entend : « Le mot kitsch désigne l’attitude de celui qui veut plaire à tout prix et au plus grand nombre. » (op. cité, p. 196).

Dans une conférence prononcée à Berlin le 2 novembre 1960, Günther Anders (1902 – 1992) dit ceci : «  […] ce qui est question ici n’est pas : comment produire de l’art qui influence les masses ? » mais au contraire […] « comment produire de l’art sous l’influence du fait de « l’efficience des masses » ? (cité in À quoi bon les poètes en temps de détresse ? d’Élisabeth Bart, à lire ici)

La littérature elle-même a été « absorbée » et donc défigurée par l’esprit de calcul, le marché, la production en nombre (donc la reproduction), la massification généralisée. L’avènement de la classe moyenne (expression dont les journalistes et les sociologues se repaissent sans trop savoir ce qu’elle recouvre) a contribué à cette évolution. Comme le rappelle Élisabeth Bart dans la note précitée, Georges Bernanos, en visionnaire subtil et analyste profond de la société moderne, définit cette classe essentiellement démocratique de la façon suivante : « […] les classes supérieures se sont peu à peu fondues en une seule à laquelle vous avez donné précisément ce nom de classe moyenne. Une classe dite moyenne n’est pas non plus une classe, encore moins une aristocratie. […] Rien n’est plus éloigné que son esprit de l’esprit aristocratique. On pourrait la définir ainsi : l’ensemble des citoyens convenablement instruits, aptes à toute besogne, interchangeables. » (Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune, Éditions Plon, Points, 1995, p. 53).

D’ailleurs, cette expression de « classe sociale » a quelque chose de fabriqué et, partant, de trompeur. Elle prétend rendre compte d’une réalité, mais il s’agit essentiellement d’une construction.

Dans son excellent Que sais-je ? consacré aux classes sociales (Éditions PUF, 1992), le politiste Philippe Bénéton écrit ceci : «  […] la structuration en classes n’a jamais existé (plus ou moins) que dans une phase transitoire de l’histoire des sociétés occidentales, celle qui correspond à la première révolution industrielle et technique. Certes des classes ont en quelque sorte survécu mais dans un sens faible, et elles n’expriment plus guère qu’une part réduite de la réalité sociale.

La vérité de la société moderne est ailleurs. Elle est, semble-t-il, dans cette nouveauté radicale qu’a introduite la révolution démocratique : l’individualisme égalitaire – chacun tient l’autre pour son pareil et entend se suffire à lui-même. Par là, la société moderne diffère de toutes les sociétés du passé ; par là, dit Tocqueville, l’humanité change de condition.

Dans les vieilles sociétés européennes, dans la vieille société française en particulier, cette révolution démocratique a effacé quelque chose de beaucoup plus profond que les classes. Péguy l’a montré dans un texte superbe. :

« Si nous vivons assez pour atteindre à l’âge des confessions, si tant d’entreprises commencées de toutes mains nous laissent l’espace de mettre par écrit un monde que nous avons connu, j’essaierai de représenter un peu ce qu’était vers 1880 cet admirable monde de l’enseignement primaire. Plus généralement j’essaierai de représenter ce qu’était alors tout cet admirable monde ouvrier et paysan, disons-le d’un mot, tout cet admirable peuple.

C’était rigoureusement l’ancienne France et le peuple de l’ancienne France. C’était un monde à qui appliqué ce beau nom, ce beau mot de peuple recevait sa pleine, son antique application. Quand on dit le peuple, aujourd’hui, on fait de la littérature, et même une des plus basses, de la littérature électorale, politique, parlementaire. Il n’y a plus de peuple. Tout le monde est bourgeois. […] L’ancienne bourgeoisie est devenue une basse bourgeoisie, une bourgeoisie d’argent. Quant aux ouvriers ils n’ont plus qu’une idée, c’est de devenir des bourgeois. » (op. cité, pp. 121-22, extrait de L’Argent de Charles Péguy, Éditions des Équateurs, 2008, pp. 24-25).

Ce détour par l’analyse de Bernanos et de Péguy permet peut-être de mieux comprendre ce qu’il s’est passé au royaume déchu de la littérature : plaire et être accessible au plus grand nombre. Même Bernanos, dans l’extrait précité, est, si l’on peut dire, optimiste quand il parle de la classe moyenne comme celle de «  […] l’ensemble des citoyens convenablement instruits ». La massification de l’Éducation (qu’il n’a pas connue) a eu raison de l’instruction. Dans ce domaine, comme dans d’autres, l’égalité, mal comprise, n’a pas élevé, elle a nivelé (vers le bas). Au point qu’il est désormais difficile d’enseigner la littérature, telle que j’ai encore eu l’immense chance qu’on me l’enseigne au mitan des années 1980 : un programme, une inscription dans l’histoire, des lectures de livres dans leur intégralité, assorties de fiches de lecture, des conseils (parfois heureusement prescriptifs…) pour poursuivre le chemin juste ouvert. 

Dans nombre de collèges et lycées, les extraits de textes ont remplacé la lecture intégrale des œuvres, l’apprentissage chronologique a souvent été abandonné au « profit » d’un apprentissage par thèmes et nombre d’auteurs classiques sont tout bonnement sortis des programmes… Trop lointains, chargés de références « qui ne parlent plus », reflets d’une société disparue, comme le peuple donc, mais aussi, parfois, d’une histoire dont il faut s’éloigner pour ne pas être suspecté…

Bagnoles 2
Le ciel de Bagnoles de l’Orne
Photographie : Emmanuel Fournigault 


La littérature comme objet

Mais fermons cette parenthèse « sociologique » (nourrie de la littérature et non de la sociologie elle-même…) pour revenir à la situation de la littérature. Dans une note éclairante sur l’état de la littérature française, à lire ici, Juan Asensio rappelle que, sauf rares exceptions, la littérature (dont il dissèque le cadavre, avec quelques autres contributeurs, sur son site) est morte. De même que la critique littéraire. Suivant Günther Anders (cf. également supra), Juan Asensio écrit ceci :

« […] la littérature française est devenue tout entière marchandise. Nous sommes à l’ère où tout se vend et s’achète, y compris le ventre des femmes, et il est tout à fait normal que dans un pays, le nôtre, […] les livres puissent se vendre comme n’importe quelle autre marchandise. Voyez le phénomène, annuel et désormais bisannuel, de la rentrée littéraire. En septembre, et maintenant désormais en janvier, ce sont plusieurs centaines de nouveaux livres qui vont inonder les étals des charcutiers, pardon, des libraires, et il est parfaitement évident que ce ne seront pas les meilleurs livres qui auront la chance d’être lus, mais ceux qui auront bénéficié de la meilleure réclame publicitaire et de la complicité de journalistes incultes paraît-il critiques littéraires. »

Lire la réédition des critiques littéraires de Barbey d’Aurevilly (Articles et chroniques, Garnier-Flammarion, 2016, avec une lumineuse préface de Pierre Glaudes, un autre vrai critique littéraire) puis se « plonger » (au risque de se noyer) dans une des critiques littéraires de quelque « grand-journal-de-référence » permet de mesurer le chemin parcouru ou, plus exactement, la pente descendue…

Juan Asensio ajoute s’agissant de la marchandisation de la littérature (une des facettes, parmi beaucoup d’autres, de la société de marché dans laquelle nous vivons) : «  […] ce n’est pas simplement chacun de ses livres [l’auteur parle de Mathias Énard, prix Goncourt, comme il se doit…] qui obéissait et obéit encore à une pure logique marchande, mais son écriture elle-même, sans compter les thématiques qui lui sont chères, à savoir un orientalisme de bazar, un œcuménisme de carton-pâte, une critique plus qu’orientée des maux français tendant à montrer qu’il y a bien plus d’ordure que de grandeur dans notre histoire. »

La langue, donc, a été affectée, viciée. Ce Verbe faux dénoncé par Armand Robin dans son célèbre poème Le programme en quelques siècles (in Ma vie sans moi,  Poésie/Gallimard, 2004, pour l’édition référencée, pp. 241-42) a progressivement, mais durablement, envahi la quasi-totalité de la littérature.

« [...] si le livre est devenu pure marchandise, si le livre a perdu toute aura, ce ne peut être que parce que le langage lui-même a perdu son caractère sacré. L’œuvre d’art, à l’ère de sa reproductibilité technique, devient pure marchandise infiniment reproductible, clonable. Le langage que nous confondrons volontairement avec la langue, à l’ère de sa reproductibilité technique, ne peut être, lui, que novlangue, nouvelle langue. C’est dans cette novlangue [le terme a été forgé, on le sait, par George Orwel dans 1984, qui l’employait au masculin] que s’expriment non seulement la majorité des Français, et pas uniquement, je vous prie de le croire, les fanatiques du management, pardon, de l’entreprenariat, mais c’est aussi dans cette même novlangue que sont désormais écrits la majorité des textes qui prétendent au titre d’œuvre littéraire ! » (Juan Asensio, L’état de la littérature française…). Et d’ajouter : «  La littérature française contemporaine ne vaut presque plus rien, sa valeur, autrefois grande, s’est démonétisée, parce que, voulant à tout prix se fondre dans le vivre-ensemblisme d’une culture hors-sol, elle a complètement oublié qu’elle était avant tout, d’abord, essentiellement, au sens premier du terme : culte, culte du beau, de la grandeur, qu’elle soit céleste ou infernale, culte de la langue, culte d’une histoire, celle d’un pays, le nôtre, inséparable de sa langue, de plus en plus réduite à une langue viciée ».

La littérature a partie liée avec l’âme d’un peuple et donc avec la transcendance. Elle s’inscrit, comme le rappelle également Juan Asensio, dans une épopée nationale. Disparition du peuple, au profit, à la fois, des individus et des communautés (lesquelles ont comblé le vide…), altération de la langue, fin de l’épopée nationale et déclin durable de la littérature, tout est lié !

Celles et ceux qui font exception (nous en avons cité quelques-uns) en écrivant de vrais livres, celles et ceux qui les lisent et ne s’éloignent jamais de la littérature dite classique, notamment celle du XIXe siècle, sont, à n’en pas douter, des « insulaires de l’esprit » (Cristina Campo). La littérature, disons-le prosaïquement, leur permet de tenir et de ne pas sombrer dans le désespoir. Elle permet de vivre sereinement son exil intérieur. À défaut d’avoir le courage (ou la possibilité) de se retirer et de suivre le chemin de la vie érémitique, la littérature, le Verbe puissant, le langage subtil sont autant « d’échappatoires » ou, pour employer un terme totalement dévoyé lui aussi, un moyen d’entrer silencieusement et pacifiquement en  « résistance ». Une résistance difficile, parfois, tant les tentations sont grandes, une résistance incomprise par certains qui y voient une forme d’élitisme ou d’aristocratisme, « un marqueur social », comme le dit le jargon des sciences humaines, alors que la littérature, comme nous l’avons rappelé au début de cette note, est d’abord expérience, façon d’habiter le monde, d’accomplir, d’une certaine manière, son salut.

L’éloignement de la littérature affecte tous « les milieux sociaux », y compris les plus « privilégiés ». C’est pour cela aussi que le lecteur assidu (sans parler des grands lecteurs dont je ne suis pas) vit de plus en plus isolé, et ce, à double titre : d’une part, lire requiert de s’isoler, même si on lit à l’extérieur et, d’autre part, lire isole, car la lecture n’est plus vraiment un sujet de conversation (on en revient toujours aux moeurs…), sauf heureuses exceptions. Le « débat citoyen » (sic), « le droit » – et même le devoir – d’avoir un avis sur tout ont supplanté le commerce (au sens classique du terme) autour des oeuvres. La démocratie égarée, associée au triomphe de la technique, aura eu raison de la littérature et de la conversation. 

Mais plutôt que de rester sur cette note un peu mélancolique, citons, pour conclure, quelques beaux textes.

 

 Éternels classiques

Le premier est un extrait de L’Âme de Napoléon (Gallimard, Tel, 2003) de Léon Bloy (1846 – 1917), et, plus précisément, du beau chapitre intitulé « Le compagnon invisible ».

« Il est enseigné que chaque homme est accompagné, de sa naissance à sa mort, par un Invisible chargé de veiller attentivement sur son âme et sur son corps. Cet Invisible se nomme l’Ange gardien, protecteur voulu de Dieu pouvant appartenir à l’un ou l’autre des Neuf Choeurs Angéliques. 

C’est la croyance universelle des chrétiens. Ce compagnon perpétuel est à la fois un inspirateur et un juge. Les hautes pensées viennent par lui et ce qu’on nomme les reproches de la conscience, c’est lui qui les fait entendre. Il sait ce que nous ne savons pas, il voit ce que nous ne voyons pas, il est toujours présent en nous et autour de nous, indiciblement respectueux de notre liberté, connaissant la grandeur de nos âmes et l’inconcevable dignité de nos corps de boue appelés à resplendir, quand nous aurons cessé d’être des dormants. Lorsqu’un homme fait le mal, l’ange se retire silencieusement dans les lieux profonds de l’âme criminelle où le pécheur lui-même ne pénètre pas, et il pleure, comme peuvent pleurer les Anges. » (op. cité, p. 120). 

Le second est extrait du Sermon sur l’ambition du grand Bossuet (1627 – 1704) qu’on peut notamment retrouver dans Sermon sur la mort et autres sermons (Garnier-Flammarion, 1996, pour l’édition référencée). 

« O homme, désabuse-toi : si tu aimes l’éternité, cherche-la donc en elle-même, et ne crois pas pouvoir appliquer sa consistance inébranlable à cette eau qui passe et à ce sable mouvant. O éternité, tu n’es qu’en Dieu ; mais plutôt, ô éternité, tu es Dieu même ! c’est là que je veux chercher mon appui, mon établissement, ma fortune, mon repos assuré, et en cette vie et en l’autre. Amen. » (op. cité, p. 125). 

Je n’ai pas choisi par hasard d’achever cette note en citant Bossuet. Il est une illustration, parmi d’autres, du Grand Siècle français, du Grand Siècle de la France, de la belle langue, avant que le pays n’entre dans l’obscure clarté des « Lumières »…

 

Le lac de Villers-sur-Mer
L’étang de Villers-sur-Mer (Calvados)
Photographie : Emmanuel Fournigault

Emmanuel Fournigault
Le 28 février 2019

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Aux chrétiens d’Orient  « Une seule fois Une seule Dans l’histoire du ...

DÉFUNTS

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » (Évangile selon ...

LE PARADIS SELON CHARLES PÉGUY… ET AUTRES CONSIDÉRATIONS

« Deux mille ans de labeur ont fait de cette ...

LA NUIT ÉCLAIRÉE DE JEAN DE LA CROIX

Á ma maman qui ne peut plus lire les beaux textes ...

EN LISANT THÉRÈSE D’AVILA : MÉDITATION SUR L’ÂME, LA LIBERTÉ ET LE DÉNUEMENT

« Celui qui aime l’argent ne sera jamais rassasié et ...

LA POÉSIE COMME PRIÈRE : SUR UN POÈME DE BERNARD LACROIX

« La beauté, c’est l’harmonie du hasard et du bien.» Simone Weil ...

REGARD SUR UN CHEF-D’OEUVRE : LA VIERGE AU PIED D’ARGENT

 «Nous périssons faute d’émerveillement mais non faute de merveilles.» (Chesterton)     ...

POST-SCRIPTUM BALZACIEN

  Dans la note consacrée à Béatrix, je tentais de souligner ...

BEATRIX, BALZAC, CRITIQUE DE L’EGALITE MODERNE

La question de l’égalité est une question centrale de la ...

LE CIEL ET ICI-BAS

 A l’occasion d’un récent séjour dans mon village normand en ...

PENSER DIEU ET PENSER LE MAL APRES AUSCHWITZ

« Je me souviens de mes amis Demandant au seuil de ...

IN MEMORIAM, 21 JANVIER 1793 : SUR LA FRAGILITÉ DES RÉGIMES POLITIQUES *

« C’est un pauvre coeur que celui auquel il est ...

LES CONSOLATIONS DE LA MÉDITATION

Après les 7-9 janvier 2015, Après le 13 novembre 2015, Après le ...

MAURIAC, LA FOI ET REMBRANDT

Lisant ou relisant au cours du mois décembre 2014, plusieurs ...

GEORGES ROUAULT, UN PEINTRE AU COEUR DU MYSTERE CHRETIEN

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était ...

LA POESIE COMME SURVIE ET FAÇON D’HABITER LE MONDE

« INCANDESCENCE » DE VIOLETTE MAURICE (1919-2008) (1) La poésie, plus encore ...

REGARD SUR UNE EGLISE, SAINT-PAUL SAINT-LOUIS – PARIS IVè

L’ECLAT DE LA CONTRE-REFORME Ad majorem Dei gloriam (1) (Pour une plus ...

REGARD SUR UN CHEF-D’OEUVRE – 1

Puisque l’objectif principal de ce modeste blog est d’essayer de ...

POST SCRIPTUM AU BILLET SUR LA TRAHISON DU VERBE ET DU BEAU

    Photographie : Emmanuel Fournigault   A la faveur d’une lecture récente et ...

DU LANGAGE, DE L’ART ET DE LEUR DENATURATION OU COMMENT TRAHIR LE VERBE ET LE BEAU

Le langage et l’usage des mots sont, à la fois, ...

Eglises et religion

UNE SI DISCRÈTE ÉGLISE : NOTRE-DAME-SUR-L’EAU

« Les architectes et les archéologues ne font en somme, ...

POUR NOS ÉGLISES, CES LIEUX SACRÉS…

A la mémoire du Père Jacques Hamel, exécuté pendant l’office, le ...

EN NOS PAYS PERDUS : LE PRIEURÉ DE SAINT-GABRIEL-BRÉCY (CALVADOS)

« La Croix demeure tandis que le monde tourne. » (devise ...

PITIÉ POUR LES CIMETIÈRES !

Photographie : Emmanuel Fournigault   « Mais avec tant d’oubli comment faire ...

L’AVENT, TEMPS DE L’ATTENTE

Église Sainte-Madeleine (Bagnoles de l’Orne) Photographie : Emmanuel Fournigault Avec l’Avent, la ...

LA TOUSSAINT ET DEFUNTS

(Photographie : Emmanuel Fournigault) Les premier et deux novembre sont successivement ...

ASSOMPTION, MARIE ET CHARLES PÉGUY

« Écoute ma fille, regarde et tends l’oreille ;  ...

LA SAINTE TRINITE

Masaccio – La Trinité (1425-1428) La Trinité (Le Père, Le Fils ...

INOUBLIALBES – 4 – BOSSUET ET LA VANITE DES HOMMES

LE SERMON SUR L’AMBITION   Notre époque (au sens du projet moderne ...

LE TRIO

  « Pour toute chose [...], il y a un temps et ...

BERNANOS ET LA PASSION DU CHRIST

Photographie : Emmanuel Fournigault En cette période de Carême, il m’est ...

LA TOMBE DE L’ENFANT INCONNU

Photographie : Emmanuel Fournigault   C’est un petit village du pays d’Auge, ...

Morceaux choisis

MAURICE BARRÈS : LE DIALOGUE DE LA CHAPELLE ET DE LA PRAIRIE

« Le miracle sacré du dépaysement est désormais dans nos ...

INOUBLIABLES- 5 – Barbara et Marie Paule Belle

Certains pourront trouver étrange que soient citées ici deux merveilleuses ...

INOUBLIABLES – 3 – LA POESIE ET LA MORT

Notre époque s’enorgueillit de prolonger nos vies de pécheurs. Vivre ...

INOUBLIABLES – 2 – LA DOULEUR DE MARGUERITE DURAS

      Lire Marguerite Duras est toujours un bonheur éprouvant. Cela fait ...

MORCEAUX CHOISIS : DIRE L’INDICIBLE ET LE REPRÉSENTER

« Je me souviens de mes amis Demandant au seuil de ...

Pays

D’AUTRES VISAGES DE LA FRANCE (II)

« Il s’était retiré dans ses paysages, là où l’absurde ...

D’AUTRES VISAGES DE LA FRANCE (I)

« Je n’ai presque jamais cessé, depuis des années, de revenir à ...

PAYS D’ORNE ET PAYS FRONTALIERS, REMPARTS CONTRE LES TEMPS PRESENTS

Lassay les Chateaux (Mayenne) Dans deux notes consacrées aux paysages et ...

PAYSAGES ET PAYSANS – II

Photographie : Emmanuel Fournigault Dans la première partie, et, plus exactement, ...

PAYSAGES ET PAYSANS – I

Photographie : Emmanuel Fournigault Savons-nous encore contempler un paysage ? Non pas ...

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