BEATRIX, BALZAC, CRITIQUE DE L’EGALITE MODERNE

Posté le 6 mars 2015 par apreslhistoire dans Art et littérature, Morceaux choisis


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La question de l’égalité est une question centrale de la philosophie politique moderne. On connaît la portée politique et philosophique du célèbre « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » publié par Jean-Jacques Rousseau en 1755. Mais c’est sans doute Alexis de Tocqueville qui analysa le mieux, avec la luminosité et la prescience qui caractérisent son oeuvre (et avec une tout autre approche que celle du penseur genevois), la dynamique égalitaire, dans son célèbre ouvrage, « De la démocratie en Amérique », publié en 1835, pour le tome I et 1840 pour le tome II (1).

A l’issue de son voyage aux Etats-Unis entre 1831 et 1832 avec son ami Gustave de Beaumont, Tocqueville avait à la fois compris le caractère irrésistible de ce mouvement d’égalisation mais aussi les risques qu’il portait en germes et que l’histoire confirmera. Les passages qu’il consacre à la question de l’égalité, à ses effets, de même qu’à l’attachement irrépressible que portent les citoyens des régimes démocratiques à l’idée d’égalité, sont un bonheur de lecture autant qu’une puissante mise en garde…

Tocqueville – qui pensait plus la démocratie comme un état social que comme un régime politique stricto sensu - n’aura pas su (il est mort à 54 ans en 1859) que l’histoire lui a donné raison, bien au-delà de ce qu’il pressentait… A la différence de Chateaubriand, son aîné mais contemporain (1768-1848), il n’avait pas ce sentiment d’effroi à l’égard du régime issu des révolutions américaine et française (qui présentent, on le sait, des différences majeures). Il en acceptait le caractère inéluctable mais, en bon aristocrate issu d’une très vieille famille d’origine normande, il en craignait les excès et s’est efforcé dans sa Démocratie notamment de décrire des processus consubstantiels à l’esprit démocratique afin que les hommes ainsi avertis introduisent tempérance et mesure pour préserver un nécessaire équilibre entre les traditions aristocratiques et les idées nouvelles. En ce sens, il avait parfaitement compris que notre démocratie était, à l’origine, un régime mixte et qu’il convenait justement de tempérer – par des règles et des moeurs – les excès possibles des principes démocratiques. (2)

Mais les philosophes ou les sociologues ne sont pas les seuls à s’être intéressés à cette question qui demeure d’actualité, même si ses contours ont pu évoluer. Les romanciers aussi ont décrit avec force et puissance les effets et, parfois, les méfaits du processus d’égalisation des conditions.

Balzac en est un exemple parmi d’autres mais un exemple majeur. Lorsqu’on lit Béatrix (3), dont l’action se déroule au milieu des années 1830, on ne peut qu’être saisi par la profondeur et la justesse de l’analyse que Balzac fait de l’égalité moderne, vers la fin de ce très beau roman, à la fois portrait de femmes amoureuses et conquérantes, pour certaines, portrait d’hommes aussi, et surtout d’un homme, Calyste, superbement fragile, description – évidemment serait-on tenté de dire – de paysages, en l’occurrence Guérande, alors bretonne (4), mais aussi de moeurs à la fois locales et sociales. Balzac, comme on le sait, est un portraitiste, souvent cruel mais toujours juste et, au-delà, un analyste précis et sans concession de son époque et des évolutions de la modernité. 

Comme on le sait aussi- mais peut-être a-t-on tendance à l’oublier – la politique a partie liée, en France en particulier, avec l’histoire et la littérature. C’est pourquoi les grands analystes comme les grands journalistes (de moins en moins en nombreux me semble-t-il) s’adossent toujours à ces deux disciplines pour nourrir leurs diagnostics et leurs commentaires. Une analyse politique ou sociologique dépourvue de toute référence à l’histoire et à la littérature me paraît passer à côté de l’essentiel, tombe dans le bavardage et, plus encore, dans la démonstration hors-sol, déracinée et désincarnée (c’est sans doute pourquoi la lecture des journaux – sauf heureuses exceptions – me paraît de plus en plus pénible). 

Et pourtant, la lecture de nos grands romanciers du XIXè siècle en particulier permet de nourrir une réflexion – fût-elle modeste, comme celle-ci – sur des questions politiques essentielles ; étant immédiatement précisé que ce très beau roman de Balzac est d’abord un drame amoureux passionnant. (5)

beatrix

 

EXTRAITS

 « L’égalité moderne, développée de nos jours outre mesure, a nécessairement développé dans la vie privée sur une ligne parallèle à la vie politique, l’orgueil, l’amour-propre, la vanité, les trois grandes divisions du Moi social. Les sots veulent passer pour gens d’esprit, les gens d’esprit veulent être gens de talent, les gens de talent veulent être traités de gens de génie ; quant aux gens de génie, ils sont plus raisonnables, ils consentent à n’être que des demi-dieux. Cette pente de l’esprit public actuel, qui rend à la Chambre le manufacturier jaloux de l’homme d’Etat et l’administrateur jaloux du poète, pousse les sots à dénigrer les gens d’esprit, les gens d’esprit à dénigrer les gens de talent, les gens de talent à dénigrer ceux d’entre eux qui les dépassent de quelques pouces, et les demi-dieux à menacer les institutions, le trône, enfin tout ce qui ne les adore pas sans condition.

Dès qu’une nation a très impolitiquement abattu les supériorités sociales reconnues, elle ouvre les écluses par où se précipite un torrent d’ambitions secondaires dont la moindre veut encore primer ; elle avait dans son aristocratie un mal, au dire des démocrates, mais un mal défini, circonscrit ; elle l’échange contre dix aristocraties contendantes et armées, la pire des situations.  En proclamant l’égalité de tous, on a promulgué la déclaration des droits de l’Envie. Nous jouissons aujourd’hui des saturnales de la Révolution transportées dans le domaine, paisible en apparence, de l’esprit, de l’industrie et de la politique ; aussi semble-t-il aujourd’hui que les réputations dues au travail, aux services rendus, au talent soient des privilèges accordés aux dépens de la masse.

On étendra bientôt la loi agraire jusque dans le champ de la gloire. Donc, jamais dans aucun temps, on n’a demandé le triage de son nom sur le volet public à des motifs plus puérils. On se distingue à tout prix par le ridicule, par une affectation d’amour pour la cause polonaise, pour le système pénitentiaire, pour l’avenir des forçats libérés, pour les petits mauvais sujets au-dessus ou au-dessous de douze ans, pour toutes les misères sociales. Ces diverses manies créent des dignités postiches, des présidents, des vice-présidents et des secrétaires de société dont le nombre dépasse à Paris celui des questions sociales qu’on cherche à résoudre. On a démoli la grande société pour en faire un millier de petites à l’image de la défunte.

Ces organisations parasites ne révèlent-elles pas la décomposition ? N’est-ce pas le fourmillement des vers dans le cadavre ? Toutes ces sociétés sont filles de la même mère, la Vanité. Ce n’est pas ainsi que procède la Charité catholique ou la vraie Bienfaisance, elles étudient les maux sur les plaies en les guérissant, et ne pérorent pas en assemblée sur les principes morbifiques pour le plaisir de pérorer. » (6)

Creuilly, vue des remparts du château (Calvados)

Creuilly, vue des remparts du château (Calvados)

Photographie : Emmanuel Fournigault 

******

En mettant un point final à cette citation, je me suis demandé si ce passage superbe de Béatrix était encore lisible et compréhensible dans la société démocratique d’aujourd’hui où les hiérarchies se sont affaissées et les distinctions brouillées. La dynamique égalitaire – qui n’exclut évidemment pas la persistance et même l’aggravation d’inégalités parfois choquantes – a profondément transformé ce qu’on pourrait appeler l’esprit des peuples et donc leur âme. En fixant comme horizon ultime l’accès de tous au bien-être (toujours insuffisant…), au-delà des besoins élémentaires et vitaux de chacun, en enfermant l’individu dans un rapport ambigu à l’égalité, nos sociétés ont définitivement rompu avec le monde prémoderne et donc avec le christianisme (7).

Partant, elles ont peut-être aussi rendu plus difficile, et à tout le moins déroutante, pour les démocrates oublieux que nous sommes, la lecture de certains auteurs. 

Emmanuel Fournigault 

Aile du château de Creuilly (Calvados)

Aile du château de Creuilly (Calvados)

Photographie : Emmanuel Fournigault 

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(1) Garnier-Flammarion, tomes I et II (1981, pour l’édition ici référencée), avec une très belle préface du regretté François Furet, grand lecteur de Tocqueville et analyste pénétrant, comme on le sait, de la Révolution française. 

(2) Voir en particulier dans le tome II, le chapitre I de la deuxième partie (pages 119-123). 

Je résume à grands traits et de façon très imparfaite une analyse classique de l’auteur mais rien ne vaut évidemment la lecture de ce grand livre à l’écriture précise et très littéraire, bien éloigné de ce que la science politique en général a produit ultérieurement en privilégiant une approche purement scientifique ou sociologique qui a asséché la réflexion des politistes, même si, fort heureusement, de nombreux auteurs, y compris à notre époque, ont résisté à ce mouvement, à cette pente douce, comme aurait dit Tocqueville.

On trouve un exemple majeur de cette exception dans l’oeuvre du philosophe Pierre Manent, ancien assistant de Raymond Aron, auquel on doit notamment un très bel essai (l’un de ses premiers ouvrages), « Tocqueville et la nature de la démocratie », qui constitue une très bonne introduction à l’oeuvre de Tocqueville. Au terme de ce petit essai (en nombre de pages, bien sûr), on trouve cette formule superbe et très tocquevillienne : « Pour aimer bien la démocratie, il faut l’aimer modérément », page 181 de la première édition (Commentaire Julliard, 1982. L’ouvrage a été republié chez Gallimard dans la collection Tel en 2006) ; formule élégante et profonde mais dont je ne suis pas certain qu’elle puisse encore être comprise et partagée… 

(3) Collection Folio-classique (1979, pour la présente édition). 

(4) « Enfin, même après la révolution de 1830, Guérande est encore une ville à part, essentiellement bretonne, catholique fervente, silencieuse, recueillie, où les idées nouvelles ont peu d’accès. », op. cité, page 29.

(5) Sur cette question des rapports entre politique et littérature et, plus particulièrement, entre la Révolution française et la littérature, je me permets de renvoyer au très beau livre de Mona Ozouf (grande et fine lectrice), « Les aveux du roman », (Gallimard, collection Tel, 2004, pour l’édition référencée). Voir sa préface (pages 7 à 28) et les différents chapitres consacrés à plusieurs romans dont Béatrix (pages 83 à 102).

(6) Op. cité, pages 412-413. Il faut aussi citer la note dans l’édition référencée qui précise les positions de Balzac : « Page [ 412 ] essentielle qui révèle le fond de la pensée de Balzac, telle qu’elle apparaît dans Les Paysans ou dans le Curé du village où le romancier dénonce avec vigueur «la plaie du morcellement», l’individualisme, cet égoïsme qui résulte «des vices de notre législation civile», les méfaits de la Révolution et d’un prolétariat «sans autre Dieu que l’Envie» et «sans bonheur avec l’Egalité», page 532. 

(7) Je reprends ici l’analyse de Philippe Bénéton, professeur émérite de science politique, développée dans « De l’égalité par défaut, essai sur l’enfermement moderne », (éditions Critérion, 1997), pages 29 à 40.

 

 

 

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